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mardi 20 février 2007, 19h25
CONAKRY, Guinée (AP) - Confrontés à un régime autoritaire et corrompu qui n'hésite pas à réprimer violemment les manifestations, un nombre croissant de Guinéens osent malgré tout demander le départ du président Lansana Conté, au pouvoir depuis 23 ans. Lansana Conté, 73 ans, a répondu au mouvement de manifestations et de grèves de ces dernières semaines, le troisième en moins de dix mois, par une répression sanglante et en instaurant la loi martiale. Malgré tout, la contestation semble s'enraciner. "Nous n'avons jamais vu ce genre de réaction avant", déclare Giles Yabi, un expert du Groupe de crise internationale, basé à Bruxelles, à propos des manifestations populaires en Guinée. Dans leur croisade contre le président, les dirigeants syndicaux soutenus par une population mécontente marchent sur la corde raide: ils souhaitent écarter M. Conté du pouvoir tout en évitant de déclencher un coup d'Etat ou davantage de violences. Les syndicats avaient convoqué la première grève il y un an pour demander le versement de salaires impayés à des enseignants et des hausses de salaires pour les fonctionnaires. La plupart des Guinéens vivent dans la pauvreté bien que le pays possède la moitié des réserves mondiales de bauxite (minerai d'aluminium) ainsi que des gisements de fer, or et diamants. Leurs revendications n'ayant pas été entendues, ils ont organisé en juin dernier une grève générale qui a paralysé le pays pendant plus d'une semaine. Des jeunes ont manifesté avec violence et il y eut une dizaine de morts. Lansana Conté a accepté en janvier de désigner un Premier ministre indépendant aux pouvoirs renforcés, dans le cadre d'un accord avec l'opposition et les syndicats qui avait mis un terme à une nouvelle vague de protestation: 17 jours de grève générale et de violences ayant fait au moins 59 morts. Mais il a en fait choisi un ministre de son cabinet et allié de longue date, suscitant davantage de contestation. Au moins 47 personnes sont mortes à Conakry dans la dernière flambée de violences en date, marquée par des affrontements avec les forces de l'ordre et des émeutes. Selon des défenseurs des droits de l'homme, des dizaines d'autres ont péri dans le reste du pays. Bakary Fofana, un des chefs du conseil des organisations de la société civile de Guinée, assure que la population va continuer à manifester. "Les gens s'habituent aux coups de feu", dit-il. "Le bruit des armes ne leur fait plus peur." Les syndicats ont repris les négociations avec le gouvernement. "Ils ne représentent même pas 5.000 travailleurs, mais la population les a adoptés comme porte-voix pour faire connaître leurs revendications", explique Djibril Tamsir Niane, professeur d'histoire à la retraite de Conakry. AP lma/v332/st
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